Diana Abou Abbas se décrit comme « une guerrière ».  Directrice du centre de santé sexuelle MARSA, à Beyrouth au Liban, elle puise sa force et son énergie dans les obstacles au travers de sa route.

Quelle est la mission de MARSA ?

On offre une prise en charge globale aux personnes atteintes du VIH : du test de dépistage rapide à l’accompagnement médical mais aussi psycho-social sur le long terme… des choses auxquelles les malades n’ont pas toujours accès.

On propose aussi aussi le dépistage d’autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST) comme l’hépatite B, C ou encore la syphilis. Tout cela en protégeant l’anonymat des bénéficiaires.

Et bien sûr, on n’oublie pas la prévention, essentielle dans la lutte contre les maladies. Nous organisons des ateliers d’éducation à la santé sexuelle, nous intervenons dans les écoles, et partons à la rencontre des jeunes sur leurs lieux de fête : dans les bars ou les festivals de musique.

Pourquoi t’es-tu engagée aux côtés de l’association ?

J’ai d’abord été militante LGBT. Je suis moi même « non-binaire », alors quand j’ai décidé de lutter pour les droits sexuels, je décidais de lutter aussi pour moi-même.

J’ai rejoins MARSA en 2010, parce que la cause du sida me touchait, parce qu’elle affectait mon entourage, mon pays. J’ai d’abord été bénévole à la com’, puis coordinatrice « temporaire », pour dépanner en attendant qu’ils trouvent quelqu’un. Finalement en 2019, je suis encore là, dans mon job « temporaire » (rires). Et j’adore ce que je fais !

Quelle est la situation au Liban pour les personnes vivant avec le VIH ?

Au Liban, le traitement antirétroviral est donné gratuitement aux personnes malades, qu’elles soient citoyennes libanaises ou refugiées.

Mais le problème est plus large. Lorsque quelqu’un est diagnostiqué comme séropositif, il y a toute une batterie de tests à réaliser (CD4, charge virale, génotype) qui coûtent tous très chers. Et ça, ce sont les malades qui doivent les payer. Tout le monde ne peut pas se le permettre.

Au-delà des difficultés économiques, les personnes vivant avec le VIH doivent faire face à de nombreuses discriminations, au sein même de leur famille, leur groupe d’amis, mais aussi par le corps médical censé les accompagner. Nombreux sont les médecins qui arrêtent de suivre un patient quand ils apprennent sa séropositivité. Les assureurs, c’est pareil. Ils refusent de continuer à couvrir les malades.

Ce n’est pas trop dur de lutter contre toute une société ?

Au contraire, ça me motive encore plus. J’ai un esprit de guerrière. Je transforme les obstacles en opportunités.

Par exemple en 2017. On préparait la journée internationale contre l’homophobie. On avait prévu une conférence dans un théâtre, mais la police a interdit l’événement à la dernière minute. On a donc décidé de faire la conférence en live sur les réseaux sociaux. Résultat : des milliers de personnes nous ont suivi au lieu des quelques centaines de personnes que pouvait accueillir le théâtre.

Je crois dans le droit de toutes les personnes de vivre confortablement, quelques soit leur orientation sexuelle ou leur statut sérologique. Il faut porter ce message haut et fort, au niveau local, national mais aussi international, auprès des Nations Unies.

Solidays est un bon outil pour le faire ?

Un très bon outil. En 2017, j’ai pris la parole sur la scène Bagatelle, face à plus de 30 000 personnes.

Pour moi, c’était fascinant de voir toutes ces personnes réagir avec moi, être émues avec moi. Il y avait beaucoup de respect. C’était un moment unique dans ma vie, où j’ai pu faire passer des messages importants, qui ont été écoutés.